C’est une route que les Américains ont construite pour rejoindre un petit village dans la campagne autour de Rome. C’est là que Nino arrive. Pendant la seconde guerre mondiale, soldat italien, il est fait prisonnier par l’armée allemande. Il s’évade d’un camp de prisonniers dont on ne sait pas où il se trouve et lui ne le sait pas non plus. En Autriche ou en Allemagne ? De toute façon en territoire ennemi. Le premier roman court et intense de Antonio Albanese (Feltrinelli, 2025) publié quelques semaines avant le 25 avril

Nino est arrivé à l’entrée de ce village après s’être évadé avec deux autres compagnons qui vont disparaître assez vite. L’un s’en va tout seul, l’autre meurt bêtement. Nino avait un ami français dans le camp. Amaigri, malade il ne survit pas face aux conditions de vie du camp. Il meurt tout seul pendant que Nino court autour du camp, punition infligée sans raison à tous les prisonniers. Si ce n’est pas un camp d’extermination, c’est un camp où la mort est partout et tout le temps. S’en évader représente la seule chance de survivre. Avec beaucoup d’astuce, d’intelligence et de chance, c’est ce que Nino et ses deux compagnons vont réussir à faire.
Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont sortis d’affaire. Ils n’ont qu’une vague carte pour les guider vers le sud. Ils doivent marcher en se cachant et il leur faut trouver à manger. Nino et se compagnons ne savent pas où ils sont. En territoire ennemi ? Déjà en Italie ? Mais l’Italie est divisée en deux. Les fascistes sont encore là, les partisans sont là aussi. Hirsute, pas rasé, hébété, seul, avec son allure de vagabond sale il n’inspire pas confiance. Tout le monde se méfie de tout le monde. Les Italiens se méfient des Italiens, les Américains se méfient des Italiens- mais pas des Italiennes ! – . La situation politique de l’Italie est compliquée. Les Italiens partisans de Mussolini combattent aux côtés des troupes allemandes qui font face aux allié, Américains en tête. Difficile dans ces conditions de rejoindre Petralia Sottana au centre de la Sicile. C’est là que se trouve sa maison, sa femme Maria Assunta dont il est amoureux comme au premier jour, sa famille et tous ses amis. Nino devra encore rejoindre la Calabre, franchir le détroit de Messine et traverser la moitié de la Sicile. Et que trouvera-t-il une fois arrivé dans son village natal ? Quelle attitude aura sa femme vis-à-vis de lui ? Il n’a aucune nouvelle d’elle et lui n’a pas pu lui en donner. Personne ne sait s’il est encore vivant ou s’il est mort ? Quel camp a-t-il choisi au moment de l’armistice de 1943 signée par le maréchal Badoglio et les Alliés ?
Sortir de l’enfer des camps n’était pas facile, quasi miraculeux. Mais une fois sorti, rien n’était aussi simple qu’on pouvait l’espérer. Le retour à la maison a été une vraie épopée. Rien n’est évident. La voie juste n’est pas indiquée, celles et ceux qui devraient aider Nino, l’accueillir et le soutenir, ne sont pas là où le sont à moitié. Que faut-il faire ? Comment se comporter ? Les libérateurs ne se présentent pas en amis mais plutôt en conquérant. Le chemin vers la maison, le chemin vers la Liberté et la Démocratie sera encore long et difficile et qu’y aura-t-il au bout ? Ces questions sont en filigrane de toute cette histoire inspirée de faits réels. Si les méchants sont d’un côté bien individualisé, les gentils ne le sont pas toujours. Telle pourrait être la conclusion de ce roman court et intense, publié quelques semaines avant le 25 avril. Il est à lire d’une seule traite, dans un souffle.
Philippe Poivret

(foto: web)

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