Le vol de Xheniia et Eunika

 

C’était hier (11/07/2012, ndr). J’ai serré dans mes bras cette fillette d’à peine deux ans, avec ses boucles dorées, ses yeux bleus et ses trois petites dents. J’avais écrit son nom et celui de sa mère sur un post-it. Xheniia (la maman) et Eunika (la fillette). Elle pleurait malgré l’empressement des assistantes sociales et n’a retrouvé un peu de calme que suite aux mots prononcés dans sa langue par une autre fille de onze ans.

Sa langue c’est l’albanais, car l’albanais et le serbe sont les deux langues officielles du Kosovo. Et la fillette a la malchance d’être une ressortissante kosovare sans papiers réguliers au Luxembourg. Elle et bien sûr sa famille. Tout ce beau monde est arrivé il y a quelques mois à peine à la recherche d’on ne sait trop quoi…d’une vie meilleure, peut-être? Tout simplement? Banalement? D’une vie meilleure donc, en sachant que les analystes politiques considèrent le Kosovo comme un ‘Etat criminel’. Entendez par là non pas un pays tourmenté par la criminalité, mais bien un Etat largement géré par la criminalité organisée. La population part, s’en va, fuit, s’échappe, prend le large, se sauve…voilà, elle se sauve pour pouvoir se sauver, c’est l’expression que je cherchais.

 

A l’arrivé de la police luxembourgeoise, le père n’été pas chez lui…et avec l’espoir sans doute un peu fou de pouvoir faire quelque chose en tant qu’«homme libre» il rejoindre pas sa famille…. Quant à la mère, elle se retrouve au Centre de rétention du Findel (aux abords de l’aéroport) avec sa petite fille et une vilaine crise de nerfs à la clé, suite à quoi on la déplace à la Clinique Sainte Zithe sans Eunika mais avec un policier pour la surveiller. Or, la petite est épileptique et on décide de lui faire subir des examens: la voilà toute seule à la Kannerklinik! Au moins, ce n’est pas un policier qui doit se charger de la garde de l’enfant, mais le personnel soignant qui s’en acquitte discrètement. Par la suite, Eunika est reconduite au Centre de rétention. Toute seule, comme de bien entendu.

Et c’est là que je l’ai rencontrée hier après-midi. D’abord elle pleurait, mais ensuite elle s’est calmée. Lorsque Xheniia s’est mise à jouer je suis repartie, non sans avoir parlé avec Elvira, la mère de la fille de onze ans.

Xheniia et Eunika: leur sort précaire a été scellé aujourd’hui par le Ministère de l’immigration, qui a organisé leur retour à Pristina. Eunika et Xheniia ont été mises ensemble à bord d’un vol Luxembourg – Pristina…2.000 km, environ 18 heures de route, je ne sais pas combien d’heures de vol, puisqu’il n’y a pas de vol régulier pour le Kosovo.

 

Par contre, il existe des charters spéciaux. Et probablement, le Ministère  du travail et de l’immigration a commencé à affréter ce genre de vols en vue de réduire la population du  Centre et de débarasser le Grand-Duché de ses clandestins.

A l’instar de ce qui se fait en France et en Italie. Point à la ligne.

Et maintenant fermez les yeux et essayez de vous mettre dans la peau de Xheniia et d’Eunika. L’avion atterrit, la porte s’ouvre, vous vous retrouvez toutes seules sur le tarmac et il faut recommencer à vivre.

 

 

 

Paola Cairo (traduit par Remo Ceccarelli)

©PassaParola Magazine (www.passaparola.info)

 

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