{"id":30453,"date":"2025-04-15T14:00:14","date_gmt":"2025-04-15T12:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/passaparola.info\/web\/?p=30453"},"modified":"2025-04-19T15:48:09","modified_gmt":"2025-04-19T13:48:09","slug":"il-faisait-nuit-a-la-havane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passaparola.info\/web\/2025\/04\/15\/il-faisait-nuit-a-la-havane\/","title":{"rendered":"Il faisait nuit \u00e0 La Havane"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Un voyage hivernal \u00e0 La Havane o\u00f9 le temps s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 au milieu des d\u00e9combres d&#8217;une guerre froide insoutenable et de l&#8217;indiff\u00e9rence d&#8217;un Occident qui a interpr\u00e9t\u00e9 l&#8217;histoire de mani\u00e8re d\u00e9form\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Reportage)<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img  loading=\"lazy\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  alt=\"\"  class=\"wp-image-30462 pk-lazyload\"  width=\"473\"  height=\"350\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-ls-sizes=\"(max-width: 473px) 100vw, 473px\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valentiHot.jpg\"  data-pk-srcset=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valentiHot.jpg 945w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valentiHot-300x222.jpg 300w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valentiHot-768x568.jpg 768w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valentiHot-800x592.jpg 800w\" ><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Vedado (La Havane) &#8211; <\/strong>L&#8217;h\u00f4tel est situ\u00e9 dans le quartier havanais de Vedado, pratiquement l\u2019affligeant centre n\u00e9vralgique de la capitale cubaine. Le vol est arriv\u00e9 tr\u00e8s tard de Paris car l&#8217;avion (un confortable oiseau en hyperuranium, \u00e9galement connu sous le nom de Boeing 787 Dreamliner), en raison d&#8217;une d\u00e9faillance technique qui avait effray\u00e9 les passagers, \u00e9tait parti environ deux heures apr\u00e8s l&#8217;heure de d\u00e9collage pr\u00e9vue (le syst\u00e8me de communication interne et externe ne fonctionnait plus). La Havane, apr\u00e8s un vol de 11 heures, a donc \u00e9t\u00e9 atteinte au milieu de la nuit mais nous a imm\u00e9diatement offert sa sombre intimit\u00e9 perdue alors qu&#8217;elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sujette aux lueurs de l&#8217;aube oc\u00e9anique. En revanche, pour le touriste non averti qui emprunte en taxi l&#8217;autoroute tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9e qui le m\u00e8ne au centre-ville, se r\u00e9v\u00e8le imm\u00e9diatement le spectacle des centaines de voitures align\u00e9es devant les rares stations-service o\u00f9 &#8211; m&#8217;a assur\u00e9 mon chauffeur &#8211; un maigre approvisionnement en carburant est enfin arriv\u00e9, probablement du Mexique.<br>Au 12\u00e8me \u00e9tage, la grande fen\u00eatre de la chambre d&#8217;h\u00f4tel r\u00e9v\u00e8le la double vue incertaine de<strong> l&#8217;Hotel Nacional et un aper\u00e7u du Malecon (Avenida de Maceo)<\/strong>, la tr\u00e8s longue promenade sur cette mer qui s\u00e9pare Cuba de la Floride, quelque 170 km d&#8217;une tranche d&#8217;oc\u00e9an qui, en termes id\u00e9ologiques, se mesure en fait en ann\u00e9es-lumi\u00e8re. Depuis la fen\u00eatre, on aper\u00e7oit clairement la large et \u00e9l\u00e9gante esplanade du Malecon o\u00f9 se dresse le monument aux victimes du cuirass\u00e9 am\u00e9ricain Maine, dynamit\u00e9 par les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames le 15 f\u00e9vrier 1898, m\u00eame malgr\u00e9 ses 255 victimes sacrifi\u00e9es, comme pr\u00e9texte pour d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l&#8217;Espagne (imm\u00e9diatement accus\u00e9e du sabotage), puissance coloniale r\u00e9siduelle dans les Cara\u00efbes contre laquelle les Cubains \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en r\u00e9volte depuis un certain temps.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Avec le sacrifice programm\u00e9 de leurs hommes, les \u00c9tats-Unis s&#8217;assuraient la certitude d&#8217;une guerre rapide contre l&#8217;Espagne dont la flotte serait rapidement mise en d\u00e9route (pas seulement \u00e0 Cuba) : cela pour permettre \u00e0 la longue main \u00e9toil\u00e9e de gagner Cuba et ses annexes depuis les derni\u00e8res ann\u00e9es du 19e si\u00e8cle, ainsi que d&#8217;obtenir d&#8217;autres avantages territoriaux substantiels aux Philippines et plus encore. Le monument \u00e9rig\u00e9 sur le Malecon en 1925 rappelle cette sordide affaire qui n&#8217;a \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e que bien des d\u00e9cennies plus tard, en parfaite harmonie avec les preuves des centaines de tentatives d&#8217;assassinat du leader communiste Fidel Castro, que la CIA a tout r\u00e9cemment d\u00e9classifi\u00e9es, comme autant d&#8217;infamies suppl\u00e9mentaires de son \u00ab glorieux \u00bb pass\u00e9.<br><strong>Je pense \u00e0 ce que l&#8217;\u00e9crivain et ancien diplomate chilien Jorge Edwards, biographe de Pablo Neruda, m&#8217;a dit en septembre 1991, \u00e9voquant son livre contre Fidel Castro publi\u00e9 dans l&#8217;Espagne encore franquiste de 1973 et intitul\u00e9 \u00ab Persona non grata \u00bb<\/strong>, dont la traduction italienne tardive a souffert (peut-\u00eatre \u00e0 juste titre) de la censure de la gauche. \u00ab Oui, ma g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait celle de la r\u00e9volution, raconte Edwards, de nombreux intellectuels sud-am\u00e9ricains y croyaient. En 1970, j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de normaliser les relations diplomatiques entre le Chili d&#8217;Allende et le gouvernement de La Havane. J&#8217;\u00e9tais diplomate de carri\u00e8re mais aussi \u00e9crivain et, \u00e0 ce titre, j&#8217;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 \u00e0 Cuba. Je connaissais la communaut\u00e9 intellectuelle de La Havane, j&#8217;\u00e9tais ami avec les po\u00e8tes Herberto Padilla et Jos\u00e9 Lezama Lima. <strong>Je suis arriv\u00e9 sur l&#8217;\u00eele \u00e0 un moment de grande tension. <\/strong>Castro sortait de l&#8217;\u00e9chec \u00e9conomique d&#8217;un stockage infructueux de 10 millions de tonnes de sucre. L&#8217;ambassade du Chili n&#8217;existait pas encore physiquement. Moi, poursuit Edwards, je logeais dans un grand h\u00f4tel avec un immense hall o\u00f9, parmi les quelques bars et restaurants, l&#8217;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine se m\u00ealait \u00e0 la diplomatie internationale. Je me souviens que les ambassadeurs d&#8217;autres pays communistes, comme la Yougoslavie, me confiaient leurs craintes de voir le Chili conna\u00eetre un sort similaire \u00e0 celui de Cuba. Entre-temps, les premiers avertissements de m\u00e9fiance \u00e9taient sous mes yeux. Padilla tint un r\u00e9cital de po\u00e9sie, j&#8217;y suis all\u00e9 et d&#8217;autres diplomates \u00e9taient venus aussi. Puis, c\u2019\u00e9tait un dimanche soir tard, Castro m&#8217;a convoqu\u00e9 et m&#8217;a dit que je lui avais sembl\u00e9 sympathique au d\u00e9but, mais qu&#8217;il \u00e9tait maintenant profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u parce que j&#8217;\u00e9tais devenu hostile \u00e0 la r\u00e9volution cubaine. J&#8217;ai protest\u00e9 en disant que j&#8217;avais toujours sympathis\u00e9 avec le choix r\u00e9volutionnaire et que mes dirigeants m&#8217;avaient confi\u00e9 cette mission pour cette m\u00eame raison, mais qu&#8217;au cours de ces quelques mois, j&#8217;avais observ\u00e9 des choses inqui\u00e9tantes que je n&#8217;aurais pas aim\u00e9 voir au Chili. Castro s&#8217;est alors mis en col\u00e8re. J&#8217;ai d\u00e9fendu Padilla en disant que tout po\u00e8te doit \u00eatre respect\u00e9. Lorsqu&#8217;il a accus\u00e9 Padilla d&#8217;avoir \u00ab certaines ambitions \u00bb, Fidel m\u2019a sembl\u00e9 presque parano\u00efaque, mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, la conversation avait atteint son terme. J&#8217;ai quitt\u00e9 Cuba et j&#8217;ai eu une nouvelle mission dans notre d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 Paris o\u00f9 Pablo Neruda \u00e9tait ambassadeur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><br>C\u2019est seulement maintenant qu\u2019Edwards, disparu dans la m\u00e9moire de la nuit, m&#8217;incite \u00e0 me rendre vite \u00e0 l&#8217;Hotel Nacional \u00e9voqu\u00e9 dans notre interview. Je ne sais pas si les choses ont beaucoup chang\u00e9 depuis. Son architecture d\u00e9licieusement am\u00e9ricaine, \u00e9rig\u00e9e par Mckim, Mead &amp; White en 1930, ressemble \u00e0 des artefacts similaires de ces ann\u00e9es-l\u00e0 et qui existent encore aux \u00c9tats-Unis. En 1933, apr\u00e8s le coup d&#8217;\u00c9tat de Fulgencio Batista, comme dans un film de gangsters, l&#8217;Hotel Nacional a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une bataille sanglante entre diff\u00e9rentes factions de l&#8217;arm\u00e9e cubaine, voire entre les soldats fid\u00e8les au gouvernement et la milice de racailles de Batista. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, on respire un air de douce d\u00e9cadence, bien que ce soit l\u2019un des rares b\u00e2timents, avec le Capitole, \u00e0 \u00eatre bien entretenu \u00e0 La Havane. Outre le grand et presque somptueux restaurant de style colonial situ\u00e9 \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite du grand hall (o\u00f9 les ascenseurs sont encore en vieux bois grin\u00e7ant), il y a au moins trois autres restaurants et un bar-caf\u00e9 (avec un comptoir d\u00e9bordant d&#8217;alcools et de spiritueux) donnant sur une esplanade verdoyante au-dessus du Malecon.<\/p>\n\n\n\n<p><br>En d\u00e9cembre 1946, l&#8217;h\u00f4tel a accueilli la \u00ab conf\u00e9rence de La Havane \u00bb,<strong> une c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9union des chefs de la mafia italo-am\u00e9ricaine qui a vu en premi\u00e8res loges Lucky Luciano, Meyerr Lansky, Santo Trafficante Jr, Frank Costello, Vito Genovese et d&#8217;autres<\/strong>. Le gotha \u00ab of the honoured stars and stripes society \u00bb. Ce n&#8217;est pas un hasard si Francis Ford Coppola, dans le deuxi\u00e8me volet du Parrain, a mis en sc\u00e8ne ce sommet de la mafia dans un d\u00e9cor reproduisant celui du Nacional.<br>L&#8217;empreinte am\u00e9ricaine sur Cuba dans son ensemble ne s&#8217;arr\u00eate pas l\u00e0 non plus, elle ne se limite pas aux \u00e9tapes des relations historiques et \u00e0 la r\u00e9action de l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme incontestable exprim\u00e9 par la population cubaine dont la situation g\u00e9n\u00e9rale est rest\u00e9e confin\u00e9e dans une bulle r\u00e9siduelle et absurde de la guerre froide (et ce malgr\u00e9 les huit liaisons a\u00e9riennes quotidiennes entre Miami et La Havane).<br>\u00c0 Vedado, \u00e0 moins de 800 m\u00e8tres de l&#8217;Hotel Nacional, se dresse l&#8217;ambassade des \u00c9tats-Unis, un parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de de verre et de b\u00e9ton qui, bien astiqu\u00e9, d\u00e9fie le Malecon par son petit c\u00f4t\u00e9. Elle est entour\u00e9e d&#8217;un portail solide, d&#8217;un grand parking avec une plantation de SUV \u00e0 l&#8217;allure blind\u00e9e et d&#8217;une foule de vigiles internes et externes, probablement corrobor\u00e9s par des centaines d&#8217;yeux \u00e9lectroniques. Je remarque que le monument cubain de la Tribune anti-imp\u00e9rialiste, tout proche, arbore un m\u00e2t avec le drapeau national qui n&#8217;est pas plus haut ni m\u00eame plus visible que le m\u00e2t \u00e0 \u00e9toiles et \u00e0 rayures greff\u00e9 sur le parvis de l&#8217;ambassade am\u00e9ricaine adjacente. Bref, le r\u00e9gime n&#8217;a pas voulu humilier architecturalement la Maison Blanche comme l&#8217;aurait fait n&#8217;importe quel autre \u00c9tat dans une situation similaire d&#8217;humiliation \u00e9conomique permanente. Mon guide m&#8217;assure que le b\u00e2timent de la d\u00e9l\u00e9gation am\u00e9ricaine a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, peut-\u00eatre depuis au moins 100 ans, et que le monument cubain voisin est plus r\u00e9cent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img  loading=\"lazy\"  width=\"1024\"  height=\"645\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  alt=\"\"  class=\"wp-image-30465 pk-lazyload\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-ls-sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon-1024x645.jpg\"  data-pk-srcset=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon-1024x645.jpg 1024w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon-300x189.jpg 300w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon-768x483.jpg 768w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon-800x504.jpg 800w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/malecon.jpg 1131w\" ><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><br>Nous reprenons le Malecon en direction du centre-ville<\/strong>. Sous le jardin de l&#8217;Hotel Nacional, le guide m&#8217;indique l&#8217;existence des passages souterrains construits \u00e0 la h\u00e2te lors de la crise des missiles entre John Kennedy et Nikita Khrouchtchev (ann\u00e9e 1962) quand, apr\u00e8s le d\u00e9ploiement massif des puissants Jupiters am\u00e9ricains, parfaitement con\u00e7us par Wernher von Braun et implant\u00e9s en Anatolie et dans les Pouilles (pr\u00eats \u00e0 rayer les grandes villes sovi\u00e9tiques de la surface de la plan\u00e8te), Khrouchtchev d\u00e9cida d&#8217;ordonner l&#8217;installation de quelques-unes de ses bombes atomiques sur l&#8217;\u00eele des Cara\u00efbes en r\u00e9ponse \u00e0 la menace am\u00e9ricaine d\u00e9j\u00e0 en \u0153uvre. M\u00eame en Occident, nous avons \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s en d\u00e9tail avec au moins 40 ans de retard, car la vulgate de la premi\u00e8re version \u00e9tait toute centr\u00e9e sur la m\u00e9chancet\u00e9 moscovite des communistes pr\u00eats \u00e0 d\u00e9clencher l&#8217;enfer atomique depuis les Cara\u00efbes. C&#8217;\u00e9taient eux les coupables.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, du moins \u00e0 La Havane, encore trop de choses parlent avec insistance du \u00ab <strong>bloqueo <\/strong>\u00bb. Il n&#8217;est pas difficile de voir des mendiants se nourrir directement des restes d&#8217;ordures dans les poubelles, on remarque aussi des affiches pitoyables et d\u00e9lav\u00e9es contre l&#8217;anorexie, tandis que dans toute La Habana Vieja d\u00e9file une population maigre et d\u00e9penaill\u00e9e avec beaucoup d&#8217;adolescentes languissantes, tout en peau et en os, qui font penser que sous certaines latitudes, les troubles de l&#8217;alimentation peuvent \u00eatre d\u00e9clench\u00e9s par le manque d&#8217;une nutrition ad\u00e9quate. Les tr\u00e8s rares chats des rues vous regardent avec des yeux immenses sur des petites t\u00eates et des corps cadav\u00e9riques. On ne peut pas les regarder. Pourtant, le sourire et la musique r\u00e8gnent partout dans cette architecture en ruine et c\u2019est une belle r\u00e9ponse aux absurdit\u00e9s politiques de l&#8217;Occident.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img  loading=\"lazy\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  alt=\"\"  class=\"wp-image-30463 pk-lazyload\"  width=\"264\"  height=\"404\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-ls-sizes=\"(max-width: 264px) 100vw, 264px\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti2.jpg\"  data-pk-srcset=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti2.jpg 528w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti2-196x300.jpg 196w\" ><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le guide m&#8217;emm\u00e8ne au c\u0153ur de la vieille ville, devant l&#8217;Hotel Inglaterra, sur la place o\u00f9 se trouve le <strong>monument \u00e0 Jos\u00e9 Mart\u00ed<\/strong>, grande \u00e2me et p\u00e8re fondateur du pays. L&#8217;historiographie a d\u00e9sormais \u00e9tabli que Fidel Castro, loin d&#8217;\u00eatre un serviteur de Moscou, avait su retravailler le puissant r\u00e9cit historico-culturel et politique qui lie le peuple cubain \u00e0 Mart\u00ed ; en filigrane on per\u00e7oit aussi le sillon profond et utopique du Colombien Sim\u00f3n Bol\u00edvar qui touche l&#8217;ensemble de l&#8217;Am\u00e9rique latine. Devant une rang\u00e9e de vieilles Ford, Impala et Chevrolet des ann\u00e9es 1940 et 1950, bien lustr\u00e9es, repeintes et re-motoris\u00e9es avec de m\u00e9chants propulseurs diesel Toyota (qui ont probablement parcouru eux aussi des millions de kilom\u00e8tres), se dresse le d\u00f4me dor\u00e9 du Capitole.<br>On me dit que c&#8217;est la Russie, il y a quelques ann\u00e9es, qui a donn\u00e9 l&#8217;or, de grandes quantit\u00e9s d&#8217;or, pour la dorure appliqu\u00e9e \u00e9galement \u00e0 la statue d&#8217;au moins 7 m\u00e8tres repr\u00e9sentant la R\u00e9publique (qui est en fait une Minerve) \u0153uvre de l&#8217;Italien Angelo Zanelli. \u00c0 l&#8217;entr\u00e9e du Capitole, c&#8217;est elle qui, en premier, accueille le visiteur. La dorure avait d\u00e9clench\u00e9 une vague de pol\u00e9miques car cet or aurait pu \u00eatre transform\u00e9 en produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, mais le guide, un Cubain qui attend d&#8217;obtenir la nationalit\u00e9 espagnole pour pouvoir circuler librement, dit aussi que Poutine a donn\u00e9 au gouvernement cubain 60 millions de dollars qui n&#8217;auraient pas \u00e9t\u00e9 bien d\u00e9pens\u00e9s. Je ne fais pas de commentaires, mais je pense que seulement pour restaurer l&#8217;ensemble de la zone urbaine de La Havane, avec son annexe a\u00e9roportuaire, il faudrait probablement au moins 10 milliards de dollars, et peut-\u00eatre que cela ne suffirait pas, car il est n\u00e9cessaire litt\u00e9ralement de tout reconstruire <strong>: les \u00e9gouts, les routes, les syst\u00e8mes \u00e9lectriques, les canalisations d&#8217;eau, les b\u00e2timents, tout quoi.<\/strong> Le Malecon lui-m\u00eame n&#8217;est plus qu&#8217;un trottoir pour fakirs, manifestement us\u00e9 par la mer, et la chauss\u00e9e est rafistol\u00e9e avec un m\u00e9lange de ciment bon march\u00e9 et de pierres pointues qui ne permettent pas vraiment de marcher confortablement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img  loading=\"lazy\"  width=\"1024\"  height=\"618\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  alt=\"\"  class=\"wp-image-30464 pk-lazyload\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-ls-sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3-1024x618.jpg\"  data-pk-srcset=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3-1024x618.jpg 1024w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3-300x181.jpg 300w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3-768x464.jpg 768w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3-800x483.jpg 800w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/valenti3.jpg 1159w\" ><\/figure>\n\n\n\n<p><br><strong>\u00c0 La Havane, cependant, le mythe d&#8217;Ernest Hemingway reste omnipr\u00e9sent <\/strong>(inoxydable), et pas seulement dans son ancienne maison, un mus\u00e9e aussi rigoureusement d\u00e9labr\u00e9 que 70 % de la ville havanaise. Au bar de la terrasse de l&#8217;Hotel Ambos Mundos sur la Calle Obispo dans la vieille Havane, on boit probablement le pire caf\u00e9 de toute la ville, mais d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, la vue sur le canal et son port est enchanteresse, et aux \u00e9tages en-dessous se trouve le bureau d&#8217;Hemingway, avec plaque et photo souvenir (lui \u00e0 la machine \u00e0 \u00e9crire). Je pense au propret \u00ab Le vieil homme et la mer \u00bb qui, je crois, a d\u00e9cid\u00e9 sa proclamation pour le prix Nobel (quand le Nobel valait encore quelque chose) et je pense que devant l&#8217;habilet\u00e9 litt\u00e9raire des Cubains Jos\u00e9 Lezama Lima et Alejo Carpentier, Hemingway s&#8217;efface tout simplement. Je me souviens des pages admirables du \u00ab Paradiso \u00bb de Lezama Lima, de la profondeur magmatique de son \u00e9criture capable de redimensionner m\u00eame C\u00e9line. <\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre ne faut-il pas faire de telles comparaisons, et pourtant j&#8217;ai bien appris \u00e0 appr\u00e9cier combien la musicalit\u00e9 et l&#8217;essence d&#8217;un po\u00e8te comme Giorgio Caproni sont bien sup\u00e9rieures \u00e0 celles de notre laur\u00e9at du prix Nobel Eugenio Montale. Pourquoi persister \u00e0 ne pas dire la v\u00e9rit\u00e9 ?<br><strong>Nous nous enfon\u00e7ons dans les rues \u00e9troites de la vieille ville et voici devant nous la majest\u00e9 de la cath\u00e9drale de La Havane avec sa fa\u00e7ade con\u00e7ue au milieu des ann\u00e9es 1700 par Francesco Borromini.<\/strong> Une incroyable touche exotique de baroque na\u00eet dans cette vision, les sinuso\u00efdes \u00e9closent des harmonies secr\u00e8tes avec tout l&#8217;environnement ib\u00e9rique et carib\u00e9en. C&#8217;est ici que reposait la d\u00e9pouille de Christophe Colomb, mais lorsque les gringos sont arriv\u00e9s, la couronne espagnole a d\u00e9cid\u00e9 de la d\u00e9placer \u00e0 S\u00e9ville. La d\u00e9pouille de l&#8217;auteur de la d\u00e9couverte de l&#8217;Am\u00e9rique ne pouvait pas \u00eatre laiss\u00e9e entre des mains sacril\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img  loading=\"lazy\"  width=\"937\"  height=\"702\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  alt=\"\"  class=\"wp-image-30466 pk-lazyload\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-ls-sizes=\"(max-width: 937px) 100vw, 937px\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/bernini.jpg\"  data-pk-srcset=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/bernini.jpg 937w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/bernini-300x225.jpg 300w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/bernini-768x575.jpg 768w, https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/bernini-800x599.jpg 800w\" ><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br>Je rentre \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel en longeant le Malecon. La nuit m&#8217;emm\u00e8ne au Buena Vista Social Club, un mythe musical qui concentre l&#8217;essence et la force de tous les rythmes des Cara\u00efbes. Le prix du billet est \u00e9lev\u00e9, tout comme les attentes, qui seront ponctuellement combl\u00e9es gr\u00e2ce aussi \u00e0 la pl\u00e9thore de merveilleux cocktails cubains strictement \u00e0 base de rhum. Le spectacle ne dure que trois heures, mais c&#8217;est une v\u00e9ritable f\u00eate. Toutes les angoisses de la ville diurne, ses drames, l&#8217;avenir incertain qui, avec la pr\u00e9sidence Trump, ouvre d&#8217;autres absurdit\u00e9s, s&#8217;\u00e9vanouissent. Chanteurs et musiciens transf\u00e8rent au public international une joie palpable dans un r\u00e9pertoire historique agr\u00e9ablement enrichi par des reprises auxquelles chacun peut s&#8217;identifier. Rien que pour ce moment de bonheur, La Havane valait le d\u00e9placement. Apr\u00e8s minuit, des taxis ram\u00e8nent les spectateurs \u00e0 leurs h\u00f4tels par des rues non \u00e9clair\u00e9es. La Havane est \u00e0 nouveau en proie \u00e0 sa nuit profonde.<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Copyright Paolo Alberto Valenti<\/strong> (pr\u00e9sident <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/clubmediaitalie.org\/it\/home-2\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/clubmediaitalie.org\/it\/home-2\/\" target=\"_blank\">Club Media Italie<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un voyage hivernal \u00e0 La Havane o\u00f9 le temps s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 au milieu des d\u00e9combres d&#8217;une guerre froide insoutenable et de l&#8217;indiff\u00e9rence d&#8217;un Occident qui a interpr\u00e9t\u00e9 l&#8217;histoire de mani\u00e8re d\u00e9form\u00e9e (Reportage) Vedado (La Havane) &#8211; L&#8217;h\u00f4tel est situ\u00e9 dans&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":30501,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":""},"categories":[29,11087],"tags":[13862,13866,12958,13865,13867,13859,13861,13863,13857,13860,6266,13864,13858],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30453"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30453"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30453\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30469,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30453\/revisions\/30469"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30501"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30453"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30453"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30453"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}