{"id":12434,"date":"2020-08-31T08:03:11","date_gmt":"2020-08-31T06:03:11","guid":{"rendered":"https:\/\/bleuciel.lu\/passaparola\/2020\/08\/31\/james-galli-la-star-de-la-cite\/"},"modified":"2021-06-14T00:56:50","modified_gmt":"2021-06-13T22:56:50","slug":"james-galli-la-star-de-la-cite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passaparola.info\/web\/2020\/08\/31\/james-galli-la-star-de-la-cite\/","title":{"rendered":"James Galli : la star de la cit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><b>L\u2019histoire d\u2019un fils d\u2019immigr\u00e9s italiens en Lorraine. Avec ses gants de boxe, il fut la fiert\u00e9 des emigr\u00e9s italiens.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><b>\u00a0<a href=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/jeffGelli_1.jpeg\"><img  loading=\"lazy\"  class=\"alignnone size-medium wp-image-27502 pk-lazyload\"  alt=\"DEPgalliJames\"  src=\"data:image\/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUgAAAAEAAAABAQMAAAAl21bKAAAAA1BMVEUAAP+KeNJXAAAAAXRSTlMAQObYZgAAAAlwSFlzAAAOxAAADsQBlSsOGwAAAApJREFUCNdjYAAAAAIAAeIhvDMAAAAASUVORK5CYII=\"  width=\"197\"  height=\"300\"  data-pk-sizes=\"auto\"  data-pk-src=\"https:\/\/passaparola.info\/web\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/jeffGelli_1.jpeg\" ><\/a><\/b><\/p>\n<p>Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la star de la cit\u00e9 du Tunnel \u00e0 Aubou\u00e9, c\u2019\u00e9tait le petit Galli ! Il mesurait un m\u00e8tre quatre-vingt-dix et pesait dans les cent kilos mais tout le monde, des nonna aux gamins de la rue, le surnommait affectueusement ainsi. Boxeur semi-pro, il faisait la fiert\u00e9 des macaronis. Ses coups lourds et d\u00e9vastateurs l\u2019avaient propuls\u00e9 sur le haut de l\u2019affiche. Il participa avec brio aux Jeux Olympiques de 1948 \u00e0 Londres. Ce frappeur hors pair visait d\u00e9sormais le titre de champion de France. Une sacr\u00e9e revanche pour un \u00e9migr\u00e9 de seconde zone !<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions dans les ann\u00e9es de fer et la sid\u00e9rurgie \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque flamboyante. Les hauts-fourneaux rugissaient de jour comme de nuit et la vall\u00e9e de l\u2019Orne ressemblait \u00e0 une fourmili\u00e8re fr\u00e9n\u00e9tique o\u00f9 chacun, malgr\u00e9 le d\u00e9sordre apparent, avait sa place, son rang et sa fonction. Les patrons de l\u2019acier veillaient \u00e0 ce que tous les rouages de la m\u00e9canique infernale soient bien huil\u00e9s.<\/p>\n<p>Du mineur au lamineur, de l\u2019ouvrier de base \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur, tout le monde trouvait son compte dans ce labyrinthe de m\u00e9tiers \u00e9puisants et souvent mortif\u00e8res. Les milliers d\u2019\u00e9migr\u00e9s qui trimaient dans cet antre du patriarcat avaient connu en Italie d\u2019autres gal\u00e8res bien plus dramatiques pour se plaindre outre mesure. Ils avaient d\u00e9sormais un toit, un m\u00e9tier assur\u00e9 et un avenir tout trac\u00e9. Les enfants avaient tous acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole et au patronage. Les m\u00e8res pouvaient enfin savourer ce temps de paix et de relative prosp\u00e9rit\u00e9. La faim et la mis\u00e8re n\u2019\u00e9taient plus qu\u2019un lointain souvenir.<\/p>\n<p>Quand on vient de la <i>merda<\/i>, on se contente d\u2019un petit bout de ciel bleu ! Derri\u00e8re ce paradis de fa\u00e7ade, il y avait bien s\u00fbr cette petite musique nostalgique qui mettait le c\u0153ur en charpie. Les racines arrach\u00e9es \u00e0 la terre natale qui ne repousseraient jamais. Les souvenirs des n\u00f4tres \u00e0 jamais enfouis dans la m\u00e9moire d\u2019un temps r\u00e9volu. L\u2019autre Italie naissait sur les vestiges d\u2019un pass\u00e9 sacrifi\u00e9. Les soirs de combat les macaronis avaient le c\u0153ur qui chavirait. Ils sortaient tous dans la rue. Les hommes branchaient les radios \u00e0 fond et d\u00e9ambulaient, allant et revenant chaque fois sur leurs pas tels des fous dans un couloir d\u2019asile, en fumant cigarette sur cigarette. Ils hurlaient quand le speaker annon\u00e7ait une droite ou un uppercut meurtrier du petit Galli sur la face de son adversaire. Quand \u00e7a tournait mal, ils crachaient par terre et balan\u00e7aient des vaffanculo \u00e0 la cri\u00e9e. La f\u00e9brilit\u00e9 gagnait toute la cit\u00e9. Les ragazzi suivaient de pr\u00e8s les p\u00e8res et ne manquaient pas d\u2019apporter leurs voix au concert d\u2019injures et de hourras.<\/p>\n<p>Les m\u00e8res aux fen\u00eatres tentaient bien de freiner l\u2019ardeur de leurs hommes, petits ou grands, arguant que les bambini ne pouvaient pas s\u2019endormir mais en vain, la liesse collective \u00e9tait dans sa phase la plus excessive car le combat tournait encore une fois en faveur du petit Galli qui claqua une gauche fatale qui envoya son adversaire au tapis. Et tous se mirent \u00e0 compter \u00e0 tue-t\u00eate avec l\u2019arbitre. Dix\u2026neuf\u2026huit\u2026sept\u2026six\u2026 le speaker se tut un court instant car le pauvre bougre \u00e0 terre tenta de se mettre \u00e0 genoux\u2026 mais \u00e0 cinq, il s\u2019\u00e9crasa pour de bon sur le ring et on annon\u00e7a la victoire du petit Galli par K.O. Gloire et fiert\u00e9. Un macaroni champion de France et toute une cit\u00e9 \u00e0 genoux devant son idole !<\/p>\n<p>La revanche des plus pauvres contre l\u2019\u00e9lite en col blanc. La f\u00eate battit son plein pendant des jours, des semaines et des ann\u00e9es, au fur et \u00e0 mesure des combats gagn\u00e9s. Quand il perdit une, deux puis trois fois d\u2019affil\u00e9e, son honneur en prit un sacr\u00e9 coup. Il raccrocha les gants pour toujours. L\u2019ordinaire redevint la norme dans la cit\u00e9. Le petit Galli rejoignit ses coll\u00e8gues dans les hauts fourneaux, lamineurs de p\u00e8re en fils. Un bon soldat des De Wendel, courageux et doux comme un agneau.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es soixante, je vivais \u00e0 deux maisons de la famille Galli et comme tous les autres m\u00f4mes, je connaissais par c\u0153ur l\u2019histoire de notre h\u00e9ros national. Entre nous, on le comparait \u00e0 Hercule, notre dieu vivant, celui qu\u2019on allait voir sur l\u2019\u00e9cran du cin\u00e9ma de patronage tous les jeudis. Ses exploits \u00e9taient autrement plus remarquables puisqu\u2019il combattait \u00e0 mains nues des monstres et des mutants. Mais on pla\u00e7ait le petit Galli largement en deuxi\u00e8me position.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi en ces temps de confinement et de mort annonc\u00e9e, je me souviens de lui ?<\/strong><\/p>\n<p>Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, les h\u00e9ros font p\u00e2le figure sur l\u2019\u00e9cran noir de nos nuits blanches avec leur comptabilit\u00e9 morbide \u00e0 la con et leur iphone \u00e0 la main. Le diable d\u00e9guis\u00e9 en virus n\u2019aurait jamais eu une chance face aux h\u00e9ros de notre enfance.<\/p>\n<p>Les morts en Italie ou d\u2019ailleurs ne font plus de r\u00eaves. Ils sont K.O. pour toujours.<b><\/b><\/p>\n<p><strong>Jeff Gelli<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019histoire d\u2019un fils d\u2019immigr\u00e9s italiens en Lorraine. 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